Ce matin, un lambeau d'Homme au creux duquel vit l'humanité.
Témoignage d'un bénévole, mai 2011

Pour ceux qui ne l'ont pas vu, imaginez le.

Ce matin, un lambeau d'Homme au creux duquel vit l'humanité.
Comme chez vous, comme chez tout morceau de carne qui se promène.

Il était là ce matin, debout et droit, ses yeux pleins de cataracte complètement apeurés. Il s'est avancé vers la barre et y a posé fermement ses deux mains à plat, bras tendus en quasi réversion et poitrine gonflée pour se donner du courage et pour ne pas fondre en larmes. Il avait abandonné son couvre-chef, nu, au cœur d'une institution d'un autre système solaire.

Lorsqu'à la fin de sa tirade rappelant les faits, la présidente du jury a donné la parole à cet homme, foutu à poil sur la place publique,
il a fait tout ce qu'il pouvait pour entrer en communication mais elle ne l'a pas écouté... le souffle court et la dignité oubliée...

La présidente du jury, à 3 reprises lui a dit «je ne comprends pas ce que vous dites» et cet Homme s'est débattu dans toute sa nudité,
d'autres gens s'affairant bruyamment autour, la présidente finit par lui demander s'il parlait français, est ce qu'il comprend le français? «oui oui [ouèouè]», le procureur ajoutant «c'est un problème de diction...».

D'un banc s'est levée une jeune femme avec des poches sous les yeux, ces yeux gênés par l'humiliation dont ils étaient témoins sans pouvoir crier. Alors ils ont pleuré mais c'est resté à l'intérieur, dans les poches, parce qu'avant de pleurer il fallait se lever et faire ce qu'elle a fait.

Avec douceur et respect, elle a proposé son aide pour faire l'interface : « bonjour excusez moi, si je peux me permettre, je comprends très bien ce que dit ce monsieur et avec votre permission, je peux vous aider à le comprendre ».

C'est rien mais c'est tout à la fois, elle s'est levée pour dire à cette institution qu'elle s'adressait à un homme. Et croyez moi, même si l'institution n'avait pas su en prendre acte, au regard de cet homme, elle ne s'est pas levée pour rien. La présidente du jury à pris connaissance de la lettre rédigée par la jeune fille pour expliquer la situation.

L'homme a avoué les faits, l'avocat qui ne connaissait pas l'affaire a rappelé que la violence, en premier lieu, venait du monde dans lequel ce monsieur vivait et non de ce monsieur lui même.

Il est revenu s'asseoir, sonné, il a posé ses fesses sur le banc puis son visage dans ses mains craquelées, son corps tout entier s'est secoué plusieurs fois et ses larmes ont coulé dans les sillons de sa peau de caïman, vieux spécimen à la croûte usée, dénudée, juste quelques plumes majestueuses poivre et sel sur le caillou rouge.

Il est reconnu coupable mais ne se verra attribuer aucune peine.

Que se serait il passé s'il n'y avait pas eu cette jeune fille. Que s'est il passé lors de ses 2 précédentes inculpations? Que se passe-t-il?